D’après sa génération, Gérard Le Cloarec aurait peut-être pu céder à la tentation de l’abstraction analytique, ou plus sûrement à celle de l’image de constat à consonance narrative, mais au-delà des filiations, il a choisi de faire le siège de la figure à sa manière, plus exactement, de privilégier le portrait, sans brider son penchant pour le corps féminin. Dès ses débuts, tournés vers un expressionnisme éclaté, compact et maçonné, il sait que la peinture sera toujours pour lui l’enjeu d’une approche directe, avec son cortège de pulsions sensorielles et sa part d’imaginaire.

Alors, dans ce processus organique de caractère plutôt dyonisiaque, puisque ne rode aucune véritable dramaturgie, il va peu à peu creuser et affiner une écriture très personnelle, tissée d’une myriade de tirets et de particules, de piquetages et de pictogrammes, de striures et de stratifications, dont la fusion structurelle renvoie aux codes pixélisés des images numériques. Cette sémantique pourtant, ne nuit en rien à la lisibilité du référent – en général des têtes d’amis ou de familiers – qui émerge d’une marée de signes et de délinéaments, assortis de biffures et de colmatages, fédérateurs de certains vertiges rétiniens, qui ne concourent qu’à l’essentiel et à l’unité du rendu.

Par conséquent chez Le Cloarec, pas de trame stable, mais un tohu-bohu organisé entre le modèle et la main scriptrice, qui gouverne ce tangage interactif conçu de centaines de petites touches resserrées ou distendues, mais jamais abandonnées au hasard. Tout bouge et s’amalgame naturellement sous la poussée vibratoire des multiples énergies qui assurent la viabilité de l’oeuvre.

Maître de ses armes, Gérard se livre là à un exercice de construction / déconstruction qui repose sur la singularité de sa perception visuelle et mentale, et sur le calibrage de son système additif. Et dans ses recompositions sténographiques, où jamais ne s’estompe le volet affectif, il y a dans l’air comme une petite musique intérieure, des accents de fugue, qui rejoignent son credo intime, où la musique tient une place déterminante. Finalement, à travers ses nombreux portraits et ses nus, toujours exécutés avec la ferveur enjouée et l’exemplarité qui l’animent, Gérard Le Cloarec ne fait rien d’autre que se peindre lui-même.

GERARD XURIGUERA

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